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Il était une petite fille...et la mer

" Tu sais, je suis née au bord de la mer, mais je ne m'en souviens pas. Mais je pense qu'elle se souvient de moi, parce qu'à chaque fois que je me rapproche d'elle, elle m'appelle. Non, non, ne crois pas que je suis folle, et que j'entends des voix. Elle m'appelle dans un langage que seule je peux comprendre, avec une voix que seule je peux entendre, avec une odeur que seule je sens.


J'ai de la chance parce que la mer je la vois souvent. Et quand je dis la mer, c'est soit la Méditerranée, que j'aime pour sa chaleur, pour son calme rassurant, pour ses poissons et ses oursins. Soit c'est l'Atlantique : je sais, je ne devrais pas dire la mer puisque c'est un océan, mais c'est aussi de l'eau salée, qui fait des vagues et qui sent si bon.


Tous les ans, ma grand mère nous paye des vacances au bord de la mer de Bretagne, ou de Marseille à Perpignan. Elle est un peu sévère ma grand mère, mais rien que pour le cadeau de la mer, je lui ferai un bisou quand je la verrai. D'ailleurs elle nous fait cadeau de la mer, mais elle ne fait pas de cadeau à ma mère. Pas beau de rigoler avec ça, mais entre mère et grand mère, c'est la guerre. Parfois je me dis que si ma mère est aussi peu douce avec moi, c'est peut être que sa mère ne l'a pas caressé assez souvent.


Moi j'aime les caresses, et comme ma mère en est un peu avare aussi, ou que ses caresses sont souvent bizarres et douloureuses, j'aime mieux me rassasier de celles de la mer. Elle n'est pas exigeante et m'accepte telle que je suis, quelque soit mon humeur. Parfois je la boude un moment, si son contact est trop froid, mais je ne tiens jamais longtemps à lui tourner le dos.J'y vais doucement, la laissant me lècher d'abord les doigts de pied, doucement. Je recule bien un petit peu, mais elle me donne ses vaguelettes qui mouillent bientôt mollets, genous et fesses. A quoi bon résister! Je me sens déjà si légère et je marche plus loin pour qu'elle enveloppe mon ventre sans me faire sursauter de froid. C'est vrai qu'après cette caresse sur la partie de mon corps la plus difficile à réchauffer, je n'hésite pas à me plonger dans son eau si salée, et me laisser flotter sur le dos, bercée par ses mouvements si doux que je pourrais m'y endormir comme un bébé.


Parfois je la chahute un peu, décidée à la rencontrer rapidement, et pouvoir jouer avec elle. Alors je prends mon élan et je cours à toute vitesse jusqu'à elle. Si c'est l'océan, j'attends qu'elle soit revenue à des distances raisonnables qui ne me fasse pas m'écrouler, épuisée d'avoir tentée de la retrouver en galopant. Quand je me précipite dedans, des goutelettes jaillissent d'elle, comme des éclats de rire qui retombent sur ma tête et font s'écarter les autres baigneurs frileux. Je plonge tout entière dans ses eaux transparentes, je pourchasse ses poissons que je vois plus gros qu'ils ne sont, je fais des galipettes, des figures gymniques que je serais bien incapable d'exécuter sur le sable ou en sport. Là avec elle, je n'ai pas peur de retomber brutalement et de me faire mal, je ne me sens pas lourde et gauche...elle me donne son soutien pour me permettre de me transformer en sirène. Je ne sors de son eau que quand mes lèvres violettes alertent mes parents qui m'ordonnent d'en sortir pour que je ne prenne pas froid. Alors, je reste en contact avec elle, enroulée dans ma serviette, en restant debout à la lisière des vagues, qui font s'enfoncer mes pieds, loin dans le sable.


Mais quand elle est agitée, que ses rouleaux grondent et fracassent coquillages, crabes et rochers, je ne veux pas y entrer. Je ne fais que la regarder. Je ne veux pas qu'elle me fasse mal, mais j'admire sa force et sa beauté en mettant de côté qu'elle peut être violente et dangereuse. Je ne vois d'elle que son écume et les gerbes blanches qu'elle envoie dans les airs en se fracassant sur les rochers. Elle semble alors jouer avec le vent qui la fait se gonfler, avec les rochers qui lui barre la route, mais elle est têtue, elle revient toujours à l'assaut.


Calme, sautillante ou agitée, inoffensive ou déchaînée, je dois un peu lui ressembler, c'est surement pour cela que je l'aime tant.

7.10.05 09:56
 



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